
Une nouvelle analyse de sang peut permettre de prédire l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer et permettre de prendre en charge la maladie de manière très précoce. Développé par une équipe de biologistes de l’Université Washington de Saint-Louis, présenté dans la revue Nature Medicine, le test est « simplement » basé sur l’accumulation des protéines amyloïde et tau dans le cerveau, ce qui constitue une sorte d’horloge d’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer.
La recherche apporte une première validation de la capacité de ce test à prédire l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer avec une précision de 3 à 4 ans. Avec des implications importantes pour les essais cliniques visant à développer des traitements préventifs contre la maladie d’Alzheimer, ainsi que pour l’identification des personnes susceptibles d’en bénéficier.
Alors que près de 60 millions de personnes souffrent de démence dans le monde et que près de 40 millions vivent avec la maladie d’Alzheimer, les modèles prédictifs qu’ils soient basés sur une analyse de sang, de LCR ou sur l’imagerie contribuent à la fois au diagnostic mais aussi à la prédiction et à la recherche de traitements permettant de prévenir ou de ralentir l’apparition des symptômes.
L’auteur principal, le Dr Suzanne E. Schindler, professeur agrégé de neurologie à la WashU Medicine, ajoute : « Nos travaux démontrent l’intérêt des tests sanguins, nettement moins coûteux et plus accessibles que l’imagerie cérébrale ou l’analyse du liquide céphalo-rachidien (LCR), pour prédire l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer. De plus, ces modèles pourraient permettre de réaliser des essais cliniques de traitements potentiellement préventifs dans un délai plus court ».
Accélérer les essais cliniques
L’étude se concentre sur une protéine qui prédit l’apparition des symptômes : les modèles mis au point par l’équipe utilisent une protéine appelée p-tau217, présente dans le plasma (la partie liquide du sang), pour estimer l’âge auquel les symptômes de cette maladie neurodégénérative apparaîtront. Le dosage de la p-tau217 plasmatique peut actuellement aider les médecins à diagnostiquer la maladie d’Alzheimer chez les patients présentant des troubles cognitifs. Ces tests ne sont pas recommandés pour le moment chez les personnes sans troubles cognitifs, en dehors des essais cliniques et de la recherche.
Pour identifier l’intervalle entre l’élévation des taux de p-tau217 et l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer, les chercheurs ont analysé les données de participants à 2 cohortes, le Knight Alzheimer Disease Research Center (Knight ADRC) et l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative (ADNI), soit, au total, 603 personnes âgées vivant de manière autonome.
Le taux plasmatique de p-tau217 a été mesuré à l’aide du test PrecivityAD2, un test sanguin diagnostique de la maladie d’Alzheimer disponible en clinique et développé par C2N Diagnostics, une start-up de WashU, ainsi qu’à l’aide de tests sanguins réalisés par d’autres biotechs. Ces analyses confirment que :
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le taux plasmatique de p-tau217 est fortement corrélé à l’accumulation d’amyloïde et de protéine tau dans le cerveau, mise en évidence par PET scan ;
- ainsi, le taux plasmatique de p-tau217, reflète à la fois les taux d’amyloïde et de protéine tau.
- ces modèles ont permis de prédire l’âge d’apparition des symptômes avec une marge d’erreur de 3 à 4 ans seulement ;
- chez les personnes âgées, le délai entre l’apparition d’une élévation du taux de p-tau217 et le début des symptômes est plus court que chez les participants plus jeunes : cela confirme que le cerveau des jeunes serait plus résistant à la neurodégénérescence et que les personnes âgées peuvent également développer des symptômes à des stades moins avancés de la maladie d’Alzheimer.
« Ces modèles dits « d’horloge » pourraient rendre les essais cliniques plus efficaces en identifiant les personnes susceptibles de développer des symptômes dans un délai plus précis. Avec des améliorations supplémentaires, ces méthodologies vont permettre de prédire l’apparition des symptômes avec une précision suffisante pour être utilisées dans la prise en charge clinique individuelle et plus précoce ».
Source: Nature Medicine 19, Feb, 2026 DOI: 10.1038/s41591-026-04206-y Predicting onset of symptomatic Alzheimer disease with a plasma p-tau217 clock
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